Le Mystère du vitrail [Part 3/16] 

Chapitre 2

La réponse et les conséquences qu’elle implique, mettent un certain temps à faire leur chemin dans ses idées. Tout se bouscule dans sa tête, ses poings toujours serrés sur ses hanches, sa moue se transforme en grimace. Alors ses lèvres se pincent, tandis que ses sourcils se froncent. Charabias qui la regarde avec suspicion comprend qu’une intense réflexion l’anime.

Cette petite a du caractère, pense-t-il, sans desserrer les dents. Elle me plait. Elle va certainement supporter la charge émotionnelle. Je suis curieux de voir sa réaction, quand elle va savoir que je ne sais comment quitter l’Entre-deux-mondes.

Soudain, les muscles du visage de Sing-sing se relâchent. Son visage s’éclaire, elle vient de prendre une décision. Ses poings quittent ses hanches, alors qu’elle s’approche du mage.

– Si vous me faisiez visiter, demande-t-elle d’un ton affable. Ensuite vous me montrerez la sortie.

Elle se dit que le vieil homme doit se sentir effroyablement seul, qu’elle doit se montrer gentille, pour l’amadouer et lui soutirer les informations qu’elle attend. Sans ces renseignements, elle peut dire adieu au monde réel, alors elle doit le ménager.

Charabias, surpris par ce revirement, met du temps à réagir, puis il part dans un grand éclat de rire. C’est à gorge déployée qu’il clame en faisant demi-tour.

– Suivez-moi sans trainasser ni jacasser. Venez-vous-en quérir le salut, à travers la verrine de la cathédrale.

Sing-sing lui emboite le pas, il est rapide le bougre.

Tout en trottinant pour ne pas se laisser distancer, elle met des équivalences aux mots un peu alambiqués. Quérir doit signifier chercher et verrine, verrière ou alors vitrail. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas qu’elle traine, ni ne le retarde en paroles futiles. Cela promet.

Charabias attrape une torche et la tend à Sing-sing. Il se saisit d’une seconde torche, puis lui fait signe de faire comme lui. Au cœur d’un creuset de pierre, un braséro ardent luit de mille feux, Charabias plonge sa torche qui s’enflamme aussitôt.

– La torche est enduite avec de la poix, explique-t-il. C’est un mélange à base de résines et de goudrons végétaux. C’est visqueux, ça colle et ça brule longtemps.

Sans mot dire, Sing-sing l’imite et le suit en tenant sa torche enflammée à bout de bras. Les voilà tous deux dans un long souterrain vouté, orné de pierres taillées et ajustées entre elles.

– Pourquoi choisir un plafond en forme de voute ? demande-t-elle à brule-pourpoint.

– Voyez-vous jeune ignorante, c’est là toute l’ingéniosité, tout l’art des concepteurs. La voute utilise le principe des forces contraires, elle n’en est que plus solide. Cela permet de soutenir des poids énormes, sans jamais s’écrouler.

– Oh ! Je vois, répond-elle, ravie d’en apprendre un peu plus sur les maçons du moyen-âge. Où mène ce long tunnel ?

– Nous allons au déambulatoire, voir les bâtisseurs.

Au fil des siècles Charabias a tissé des sortilèges pour faire revivre une grande partie de la verrine de la cathédrale. Sans cela, sans ses amis les maçons, les tailleurs de pierre et tous les autres, il serait devenu complètement fou, à se morfondre dans la solitude.

Charabias parle par énigmes, il se montre plutôt avare de détails et il ronchonne à chaque fois qu’elle le ralentit.

– Quelle que soit l’époque, les donzelles ne savent pas s’accoisser, marmonne-t-il tout bas.

Fort heureusement, Sing-sing n’entend pas ses récriminations, sinon elle se serait offusquée d’être considérée comme une pipelette, qui ne sait pas se taire.

Après une bonne centaine de pas, deux coudes et un croisement que Charabias évite soigneusement ; les voilà tous deux arrivés à l’entrée d’une vaste salle. Celle-ci est éclairée par une lueur diffuse, semblant venir de nulle part.

– Faites comme moi petite, dit-il d’un ton paternaliste, en lui montrant comment étouffer la flamme.

Sing-sing obéit, place sa torche dans un fourreau scellé dans le mur. Elle la recouvre d’un entonnoir de métal, qui pend juste à côté accroché à une petite chaine. 

– Voici ma verrine à moi, fait-il, en désignant d’un geste large, une série de vitraux suspendus dans les airs.

Elle ignore par quel miracle tous ces vitraux flottent, sans rien pour les tenir accrochés. Elle est dans une galerie, une sorte d’exposition d’œuvres qui en y regardant de plus près, ressemblent à celles qui se trouvent dans la cathédrale.

– Ce sont des copies ou des originaux ? demande-t-elle étonnée.

– Rien de tout cela, annonce fièrement Charabias, d’un ton plein de mystère. Chacune de ces œuvres, est une émanation d’un vitrail de la cathédrale. J’ai mis des centaines d’années pour élaborer un charmogne, qui soit aussi parfait.

La moue qui s’affiche sur le visage de Sing-sing et ses yeux ronds, montrent à quel point elle ignore tout de ce qui touche aux charmes et sortilèges. Dans sa tête, elle pense que cela ne tourne pas rond, qu’elle fait un mauvais rêve, la magie cela n’existe pas. Elle va se réveiller.

– Ferme les yeux Sing-sing, pince-toi, marmonne-t-elle à voix basse. La sorcellerie, ce sont des histoires pour faire peur aux mômes.

– Que nenni gente damoiselle, raille Charabias en sautillant sur place.

Ce qu’il s’amuse, de voir ce joli minois hausser les sourcils, faire une moue dubitative, s’étonner de ses dires. Il la trouve plaisante, même quand elle grimace. Ça le met en joie, le hasard a bien choisi.

D’un geste rapide, il lui attrape le poignet d’une main ferme et l’attire vers le vitrail le plus proche. Tout décharné qu’il est, sa force est incroyable, on ne croirait pas à le voir. Son rire emplit la grande salle, ses yeux luisent de folie. L’espace d’un instant elle se demande, si Charabias a encore ses esprits à tous les étages de sa conscience. Elle prend peur, mais n’ose pas résister ; ni user des techniques apprises pour se défendre. Elle craint trop de lui briser les os en mille morceaux.

Devant le vitrail des bâtisseurs, le mage hésite l’espace d’un instant. Il semble se raviser, ses yeux se sont radoucis, son rire s’est estompé dans sa gorge. Une étrange lueur émane du vitrail.

– Ne trouillez pas jeune damoiselle, dit-il d’une voix redevenue douce. Tout va bien se passer, il n’y a pas d’attrapoire. 

Pour confirmer qu’il n’y a pas de piège, Charabias lâche prise, libère son poignet. Puis dans un geste théâtral, il s’écarte, fait une courbette et lui offre sa main à la mode des nobles pour une invitation à danser.

– J’espère bien, répond-elle, en jetant un regard circonspect vers la main tendue.

– Tournez un peu pour voir, fait-il avec un geste explicite.

Toujours main droite tendue vers la belle, il lève son bras gauche, pointe son index vers le sol et fait des ronds avec son poignet, pour lui signifier ce qu’il attend d’elle.

Surprise et ravie de cet intermède, son stress s’atténue ; alors de bonne grâce elle obéit. Piquée au jeu, elle se revoit poser devant le photographe pour les castings. Alors elle tourne sur elle-même, prend des poses, s’amuse de se mettre ainsi en valeur. L’intervention de Charabias, la fait revenir à la réalité.

– Bien trop osé pour mon époque, confirme-t-il sarcastique.

– Mon tailleur ; osé ! s’exclame Sing-sing. Vous vous moquez ! Il n’y a pas plus classique et moderne à la fois.

– Que nenni bachelette ! Là où nous allons, vaut mieux paraître bagasse, pour ne pas bataculer les esprits.

– D’un, je ne suis plus une jeune fille, je suis une femme. De deux, je suis une artiste, pas une ribaude et tant pis si je bouscule vos bonnes mœurs.

– Faut tout de même remédier à votre paraitre, insiste Charabias.

Sans lui laisser le temps de s’insurger à nouveau, le mage entonne une formule dans un langage étrange, fait des gestes dans les airs, agite les mains. Une brume étrange nait de nulle part. Elle enveloppe Sing-sing figée de stupeur, la nimbe d’un linceul opaque, perturbé par des éclairs. Sing-sing sent ses vêtements s’évaporer, choquée elle reste sans voix.

Lorsque la brume disparait, elle est vêtue d’un chemisier blanc cassé, échancré au niveau de la poitrine, des manches courtes bouffantes recouvrent ses épaules jusqu’au début de ses bras. Elle porte une longue jupe de bohémienne et au pied des sandales de cuir lassées aux chevilles. Un foulard attaché derrière le cou, enserre sa longue chevelure.

Aux dires de Charabias, la voilà bellement vêtue, nul ne va pouvoir clabauder sur elle, d’ailleurs, il n’est plus temps de s’acagnarder céans. En d’autres termes, Sing-sing est maintenant bien habillée, ne fait pas tâche dans le décor, nul ne va médire de sa tenue. Charabias lui tend à nouveau la main, lassé de paresser céans. Il la prie donc de le suivre. Elle s’en saisit comme dans un rêve, puis traverse le vitrail à la suite du mage.


Chapitres précédents :

  1. Le Mystère du vitrail Part 1/16
  2. Le Mystère du vitrail Part 2/16
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Philippe Raspail

Carrière faite de 40 années d'informatique, avec un passage par les webmédias, la création d'un webmagazine pour les Femmes et les Hommes qui entreprennent. Actuellement co-foncateur de la Webradio Arturnews, sans oublier, auteur de romans et nouvelles de Science-Fiction et de Fantaisie, ainsi que quelques contes pour enfants.

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