
Souveraineté Numérique : L’Europe Peut Encore Gagner (Mais Pas Sur Tous les Fronts)
📰✨💻 Souveraineté Numérique : L’Europe Peut Encore Gagner (Mais Pas Sur Tous les Fronts)
▪️ La Souveraineté Numérique Française : Diagnostic Sans Concession
🔹 L’Ère des Pionniers Oubliés : Quand la France Innovait Avant de Tout Perdre
▪️ Qui se souvient encore de Voilà ? Ce moteur de recherche français, fleuron tricolore porté par France Télécom, régnait en maître sur les recherches hexagonales aux débuts d’internet. Leader incontesté jusqu’à ce qu’un certain Google débarque en 2000 avec ses algorithmes et son arrogance californienne. Dix-sept ans d’agonie plus tard, en 2017, Voilà fermait définitivement ses serveurs. Rideau. Applaudissements polis. Extinction des feux.
▪️ Cette disparition n’est pas qu’un accident industriel. Elle illustre une incapacité structurelle : la France sait innover tôt, mais échoue systématiquement à transformer ses avances en succès durables face à des modèles économiques plus agressifs et mieux financés.
▪️ Aujourd’hui, la France brandit fièrement Qwant, ce moteur de recherche « européen » qui puise allègrement ses résultats dans les entrailles de Bing, le moteur Microsoft. Une souveraineté à géométrie variable, pourrait-on dire avec ironie. Certes, Qwant a choisi pragmatiquement de concentrer ses ressources sur l’interface et la protection des données plutôt que de reconstruire l’infrastructure web. Stratégie intelligente ou renoncement maquillé ? Les deux, probablement. L’Europe, ce géant économique aux pieds d’argile numérique, n’a ni les moyens ni l’audace de bâtir sa propre infrastructure d’exploration du Web. Nous sous-traitons notre indépendance informationnelle.
▪️ Avant l’ère des moteurs, celle des annuaires régnait. Yahoo et son répertoire minutieusement classé à la main. En France, les Pages Jaunes trônaient dans chaque foyer. Leur version numérique existe encore, fantôme poussiéreux errant dans les méandres d’un marché qui l’a oublié. Part de marché : microscopique. Choix stratégiques : discutables. Mais avaient-ils seulement le choix ? La question reste ouverte.
🔹 2026 : L’Année où les Moteurs de Recherche Sont Devenus Has-Been
▪️ Le vent a tourné. Les internautes ne tapent plus leurs requêtes dans une barre de recherche. Ils conversent. ChatGPT, Gemini, Copilot, Perplexity, Grok, Meta AI, Claude… L’intelligence artificielle conversationnelle va détrôner le roi Google.
▪️ Et que propose la France ? Le Chat de Mistral AI. Un outil techniquement remarquable, reconnaissons-le. Mais dont la cible avouée n’est pas le grand public. Non, Mistral vise les entreprises et institutions obsédées par leur souveraineté numérique. Noble ambition, audience confidentielle.
▪️ Faut-il y voir une stratégie défaitiste ? Pas nécessairement. Plutôt que de s’épuiser dans une bataille frontale impossible à gagner contre des géants disposant de budgets marketing illimités, Mistral AI a choisi de dominer un segment critique où la souveraineté des données constitue un véritable avantage concurrentiel. Cette approche de niche pourrait s’avérer plus pérenne qu’une confrontation directe suicidaire. Mais cela signifie aussi accepter de perdre la bataille du grand public. Encore une fois.
🔹 Réseaux Sociaux : David Contre une Armada de Goliath
▪️ Face à la puissance de feu américaine, et dans une moindre mesure chinoise, la France fait figure de nain numérique. Apple, Google (YouTube, Gmail), Amazon (Twitch), Microsoft (LinkedIn), Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), OpenAI, X, TikTok… Ces mastodontes ont construit des écosystèmes fermés, séduisants, gratuits et terriblement performants. Des prisons dorées où Big Brother vous regarde et vous connaît mieux que vous-même.
▪️ La France et d’autres pays européens ont tenté. Avec des résultats contrastés.
👉 Quelques survivants accrochés à leurs niches :
▪️ Leboncoin : LA réussite française (?) incontestable. Créé en 2006, le site de petites annonces domine absolument son marché avec 30 millions de visiteurs uniques mensuels en France. Là où eBay et Facebook Marketplace peinent à s’imposer, Leboncoin règne en maître. Pourquoi ce succès massif ? Une implantation précoce, une compréhension profonde des usages français (la culture du vide-grenier, de la débrouille, du lien de proximité), une interface simple et efficace. Racheté par le norvégien Adevinta en 2020 (qui possède aussi 50% de eBay Classifieds), Leboncoin prouve qu’une plateforme française PEUT dominer un marché face aux géants américains. Mais attention : ce succès repose sur un ancrage local fort et une arrivée précoce. La recette est difficilement reproductible à l’international.
▪️ Deezer : pionnier suédois du streaming musical lancé en 2007, résiste avec 9 millions d’abonnés payants face à Spotify et Apple Music. Succès relatif ou simple survie ? Les deux. L’entreprise prouve qu’on peut durer en se spécialisant intelligemment, mais reste marginale face aux géants.
▪️ Dailymotion : plateforme vidéo créée en 2005, rachetée successivement par Orange puis Vivendi, végète dans l’ombre écrasante de YouTube. Elle existe encore, c’est déjà ça.
▪️ BlaBlaCar : LA licorne française du covoiturage, fondée en 2006, véritable réussite à l’échelle européenne avec 100 millions d’utilisateurs. L’arbre qui cache la forêt de nos échecs. Une victoire dont nous nous gargarisons pour oublier le naufrage collectif. Mais reconnaissons que cette victoire démontre qu’une startup française PEUT dominer un segment continental en apportant une vraie innovation sociale.
👉 Les tentatives en France moins connues, souvent courageuses, rarement couronnées de succès :
▪️ Mon p’tit voisinnage / Smiile : plateforme collaborative de proximité créée à Saint-Malo par David Rouxel. Un demi-million de foyers connectés, le soutien de la MAIF… et une fermeture brutale en novembre 2023. Causes officielles : concurrence internationale féroce, partenaires défaillants, promesses non tenues. Traduction : nous n’étions pas de taille. Le courage ne suffit pas quand les moyens manquent.
▪️ Gens de Confiance : fondé en 2014 par trois Nantais audacieux, résiste encore face au rouleau compresseur Airbnb grâce à son système de parrainage et sa philosophie de confiance. Une exception qui confirme la règle. Preuve qu’un positionnement différenciant crée un espace de survie, aussi étroit soit-il.
▪️ On Va Sortir (OVS) : site de rencontres sociales où les sorties sont organisées par les membres eux-mêmes. Sympathique, mais confidentiel. Encore un projet qui survit dans l’angle mort des géants.
⚡ La leçon brutale : les succès durables partagent innovation sociale distinctive, positionnement différencié ou excellence technique de niche. Les échecs résultent d’une sous-capitalisation chronique, d’une dépendance excessive aux partenaires, ou d’un positionnement trop généraliste. Mais surtout, ils révèlent notre incapacité collective à financer et faire grandir nos champions.
🔹 L’Europe et son « X » à la Sauce Bureaucratique
▪️ Globalement, la France et l’Europe ont perdu la bataille des réseaux sociaux. Nous n’avons ni les moyens, ni l’ambition, ni l’état d’esprit requis. La frilosité maladive de nos institutions face au numérique, couplée à leur obsession du contrôle absolu, constitue le principal frein.
▪️ Exemple parfait : l’Union Européenne annonce fièrement son « Twitter européen », baptisé W Social, prévu pour 2026. Condition d’inscription : identification numérique forte obligatoire. Je prends le pari : échec retentissant garanti. Qui voudra rejoindre un réseau social où Big Brother européen vérifie votre identité avant de vous laisser tweeter ? L’histoire nous enseigne que les réseaux prospèrent par facilité d’accès et effet réseau, pas par décret administratif.
▪️ Pourtant, une voie médiane existe : plutôt que créer des plateformes concurrentes vouées à l’échec, l’Europe pourrait concentrer ses efforts sur l’interopérabilité forcée (obliger les géants à ouvrir leurs écosystèmes), la régulation intelligente, et le soutien ciblé à 5-10 champions sectoriels dans des niches stratégiques. Mais cela nécessiterait de renoncer à l’illusion du contrôle total. Nos bureaucrates en sont-ils capables ?
▪️ En France, les institutions frileuses confient à des groupes industriels sous tutelle nationale (filiales SNCF), des groupes de presse régionaux (Infolocale) ou des startups (Illiwap) le soin de proposer des « solutions françaises ». Ces produits ressemblent tragiquement à leurs commanditaires : fermés, verticaux, communication descendante, possibilité de réponse quasi inexistante, information éphémère sous de vagues prétextes juridiques bien arrangeants. Des systèmes en vase clos où les incompétents sont rois et prétendent inventer l’avenir tout en survivant péniblement grâce à nos impôts.
▪️ Soyons lucides : les géants américains dorment sur leurs deux oreilles. La population française et européenne continuera massivement à scroller sur Facebook, Instagram et WhatsApp, à regarder YouTube et Netflix. Nous avons perdu cette bataille depuis longtemps.
⚡ Mais faut-il tout abandonner pour autant ? Non. Plutôt que de nous réfugier dans une grotte pour disparaître doucement, isolés comme Néandertal, nous pouvons choisir nos combats : exceller dans des niches, imposer l’interopérabilité, former massivement aux compétences critiques, et soutenir les initiatives citoyennes qui créent du lien social. C’est moins glorieux qu’un « Facebook européen », mais infiniment plus réaliste.
🔹 Forums de l’Info : Quand les Citoyens Reprennent la Parole (et Arrêtent d’Attendre les Institutions)
▪️ En plein confinement Covid-19, en 2020, j’ai créé le premier Forum de l’Info : un groupe de discussion public sur Facebook destiné à aider les commerçants de Rambouillet et des villages environnants, interdits de marchés, à maintenir le contact avec leurs clients pour les livraisons à domicile autorisées.
▪️ Pourquoi cette initiative ? Pour combler le vide abyssal laissé par les institutionnels sur les réseaux sociaux, seul véritable vecteur de soutien populaire durant cette période de crise. Les acteurs institutionnels, droits dans leurs bottes, se félicitaient d’avoir « fait leur job » en postant sur Facebook un document PDF listant commerçants et coordonnées. Document vu par presque personne. La cécité numérique des mairies et communautés de communes perdure encore en 2026, à la veille des élections municipales de mars. Voilà un sujet de campagne électorale.
▪️ En 2026, les Forums de l’Info ont essaimé bien au-delà de Rambouillet et ses territoires. Entre Versailles et Chartres, entre Évreux et Évry, dans ce que nous appelons, au grand déplaisir des puristes administratifs, le Grand Sud-Ouest Parisien. L’implantation se confirme au nord des Yvelines, à Mantes-la-Jolie, Triel-sur-Seine, mais aussi à Levallois-Perret et Paris. Expansion nationale en cours : Vendée et Hérault.
🔹 Notre Manifeste : Pragmatisme Radical et Refus de l’Illusion
▪️ Nous n’essayons pas de bâtir un énième réseau social. Nous n’en avons ni le temps ni les moyens, et ce serait stratégiquement suicidaire. Notre stratégie : créer une communauté en utilisant les outils existants pour ce qu’ils devraient être, des espaces de liberté d’expression et de débat citoyen. Facebook pour les groupes de discussion publics, régis selon des principes de transparence (Open Info 2.0). YouTube pour les émissions en direct.
⚡ Acceptons la contradiction : nous utilisons les plateformes des géants que nous critiquons. Hypocrisie ? Non, réalisme. L’alternative serait de créer notre propre plateforme condamnée à l’invisibilité et à l’échec faute de moyens. Nous préférons détourner leurs outils à notre profit plutôt que de disparaître dans l’indifférence générale.
▪️ Et surtout, des hommes et des femmes, influenceurs médias, journalistes citoyens, qui incarnent une nouvelle forme de journalisme : horizontal et participatif.
▪️ Ce que nous construisons, c’est un contre-pouvoir informationnel. Un espace où la parole circule librement, où les citoyens ne sont plus de simples consommateurs passifs d’information descendante, mais deviennent acteurs de leur propre information. Un journalisme de proximité, ancré dans les réalités locales, porté par des voix multiples plutôt que par des communiqués aseptisés.
🔹 Ce Qu’il Faut Retenir : Trois Vérités Dérangeantes et Une Lueur d’Espoir
1️⃣ Vérité #1 : Nous avons perdu. La bataille des plateformes grand public est terminée. Google, Meta, Amazon dominent et domineront. Pleurer ne sert à rien.
2️⃣ Vérité #2 : Nos institutions sont le problème autant que la solution. Leur frilosité, leur obsession du contrôle, leur incompétence numérique chronique sabotent nos rares chances de succès.
3️⃣ Vérité #3 : Le tout-ou-rien nous condamne. Rêver d’un « Facebook européen » ou d’un « Google français » est une perte de temps et d’argent.
⚡ La lueur d’espoir : Concentrer nos forces sur l’excellence sectorielle (5-10 champions dans des niches stratégiques), imposer l’interopérabilité aux géants (déjà en cours avec le Digital Markets Act), former massivement, et soutenir les initiatives citoyennes de terrain qui créent du lien social et informationnel.
▪️ Face aux géants qui nous surveillent et aux institutions qui nous ignorent, nous opposons la force des communautés, la richesse du débat contradictoire, et l’exigence démocratique d’une information accessible à tous. C’est notre manière à nous de résister. De rester debout. Pas en construisant des châteaux de sable, mais en occupant intelligemment le terrain avec les armes disponibles.
▪️ Nous ne bâtirons pas d’empire numérique européen concurrent des GAFA. Acceptons-le. Mais nous pouvons créer un archipel de réussites sectorielles, défendre farouchement nos niches d’excellence, et imposer des règles du jeu plus équitables par la régulation. C’est moins spectaculaire qu’une domination mondiale. Mais c’est infiniment plus réaliste. Et surtout, c’est la seule voie qui nous permette de rester debout, souverains sur nos segments, plutôt que vassaux sur tous les fronts.
Jean-Pierre Morvan
Animateur et fondateur de GSO Parisien News
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