
La Police du Like m’a encore rendu visite
🚨👍👮♂️ La Police du Like m’a encore rendu visite
📣 Tribune libre – Réseaux sociaux, liberté d’expression & inquisition numérique
▪️ Dix ans de veille informationnelle sur les réseaux. Dix ans à documenter, relayer, provoquer la réflexion. Et, en prime, dix ans à bénéficier des conseils non sollicités d’âmes charitables qui ont fait de la régulation de mon pouce leur mission existentielle. On a les groupies qu’on mérite. Chronique d’une inquisition numérique qui ne manque pas de sel, et dont je commence à soupçonner qu’elle manque cruellement du reste.
💬 « Comment oses-tu repartager leurs publications ? Tu likes leurs publications, comment est-ce possible ? Pourquoi tu mets des cœurs sur leurs publications ? En plus, tu mets des smileys “Mort de rire” à nos commentaires. Donc finalement, tu n’es pas neutre. »
▪️ Ils sont là. Ponctuels. Presque fidèles. Chaque campagne électorale les ramène comme une marée, avec leur certitude morale chevillée au corps et leur maîtrise absolue de ce que je suis autorisé à partager. Cette saison, la cuvée est particulièrement généreuse. Je note même une progression qualitative dans l’outrance. On progresse, disais-je.
▪️ Depuis 2016, ce type d’interpellation revient avec la régularité d’un relevé de charges. Un coeur posé sur la mauvaise publication ? Suspect. Un partage ambigu ? Coupable. Un emoji rieur glissé en réponse à un commentaire militant ? Trahison caractérisée. Le tribunal siège en permanence. Je ne sais pas encore si l’on me reprochera bientôt de suivre des comptes adverses pour mieux les surveiller. Je ne désespère pas.
💬 « Qui t’a donné le droit de liker sans mon accord ? »
▪️ Ma première réaction, invariablement, est de me demander quel cheminement mental a conduit mon interlocuteur jusqu’ici. Je l’invite alors à argumenter, à présenter ses preuves, sa jurisprudence, son dossier. Et, comme de bien entendu, le silence suit le fracas. L’argumentaire ne vient pas. On passe au commentaire suivant. La Police du Like procède ainsi : elle verbalise, elle disparaît, elle recommence ailleurs. Procédure simplifiée. Résultats constants.
▪️ Ce qui frappe le plus dans cette mécanique, c’est la confusion entre partage et adhésion. Je publie chaque jour dans GSO Parisien News un article signé, assumé, mot pour mot : c’est là que se lit ma ligne éditoriale. À côté, je partage, je like, je commente entre 50 et 100 publications quotidiennes. Certaines sont diamétralement opposées à mes convictions. Je les relaie pour attirer l’attention sur ce qui circule, cartographier le débat public, provoquer la réflexion. Exemple concret : partager une tribune controversée sur un sujet clivant ne signifie pas que j’en approuve le contenu. Cela signifie que ce contenu existe, qu’il circule, et que l’ignorer ne le fera pas disparaître. Relayer une information n’est pas un acte de foi. C’est de la veille.
💬 Je pratique volontiers le second degré et l’ironie. Je conçois que cela complique la lecture pour certains. Mais de là à réclamer que je range mes emojis au placard…
▪️ Le comique de situation atteint son zénith lorsque ces injonctions émanent de personnes qui briguent un mandat électoral. Des futurs représentants de la République qui, entre deux professions de foi, trouvent le temps de me signifier ce que je dois partager. On leur soumettrait volontiers l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme, La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, mais craignons que le document ne survive pas à la confrontation avec leurs certitudes. Ou qu’ils le lisent en diagonale avant de conclure que ça ne s’applique décidément pas à leur cas. Leur cas précis, évidemment.
▪️ Une parenthèse s’impose, celle-là moins confortable. Cette pression ne vient pas seulement de l’extérieur. Elle vient aussi, parfois, de l’intérieur de membres des équipes de l’Observatoire Numericus ou de Totale Impro 2.0. Et c’est là, précisément, que la question change de nature.
▪️ Ces personnes ont rejoint ce projet en connaissant sa ligne. La pluralité n’est pas un habillage : c’est le fondement. Elle implique de tolérer que le plateau accueille demain quelqu’un avec qui l’on est en désaccord profond, que la veille relaye des contenus qui dérangent, que l’espace éditorial ne soit jamais la propriété d’une sensibilité particulière. Ce n’est pas négociable.
▪️ Dix ans de construction ne se plient pas à l’agenda militant de quiconque qu’il vienne de gauche, de droite, ou du centre. Ceux qui acceptent cette règle du jeu sont les bienvenus, durablement. Ceux qui entendent transformer cet espace en tribune partisane trouveront, ailleurs, des rédactions plus accommodantes. La porte n’est pas claquée. Elle est simplement ouverte dans les deux sens.
▪️ Ce que je construis, ce n’est pas une rédaction qui pense en choeur. C’est un espace où l’on défend une position sans avoir besoin d’écraser celle de l’adversaire pour exister. Où l’on distingue débat et combat. Où les invités de Totale Impro 2.0 passent devant les caméras non pas pour avoir raison, mais pour penser. L’honnêteté intellectuelle n’est pas une option dans l’avion GSO News. C’est le billet d’entrée. Et la condition pour y rester.
▪️ La liberté de veille n’est pas un privilège d’animateur. C’est une condition du journalisme indépendant. Dès lors qu’un média commence à trier ses sources selon ce que ses lecteurs ou ses propres équipes acceptent de voir relayé, il cesse d’être un espace d’information pour devenir un espace de confirmation. Ce glissement-là, je ne l’accepterai pas. Ni sous la pression du dehors, ni sous celle du dedans.
▪️ Certains, pourtant, ont compris ce que ce projet exige : relayer sans confisquer, débattre sans réclamer allégeance, s’asseoir face à une caméra pour penser, pas pour gagner. Ce sont eux qui rendent cet espace viable. Non pas parce qu’ils l’approuvent en tout point, mais parce qu’ils n’ont jamais cherché à le retourner à leur profit.
▪️ Dix ans sans actionnaire, sans ligne imposée. Ce projet ressemble à celui qui l’a construit et ce n’est pas près de changer.
✍️ Jean-Pierre Morvan Animateur & Fondateur
GSO Parisien News – Totale Impro 2.0 – Numericus.io 🔗
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