
Pierre Hantaï et Lucile Boulanger réunis à Magny-les-Hameaux pour un concert baroque de haute volée
🎻🎼⛪ Pierre Hantaï et Lucile Boulanger réunis à Magny-les-Hameaux pour un concert baroque de haute volée
🖋️ Par Françoise Boyer · 4 juillet 2026 · GSO Parisien News
🔸 Dans le cadre du festival CavrosArts, initié par le violoniste Paulo Castrillo, le claveciniste de renommée internationale Pierre Hantaï, résidant à Chevreuse, et la virtuose de la viole de gambe Lucile Boulanger ont donné un concert samedi 4 juillet en l’église Saint-Germain de Paris, à Magny-les-Hameaux. Le duo, qui avait déjà rodé ce même programme lors de deux précédents concerts parisiens en janvier puis quelques jours avant leur venue dans les Yvelines, n’improvisait rien.
▪️ Au programme : des suites de Marin Marais, compositeur emblématique de la viole de gambe, puis les trois sonates de Bach pour clavecin et viole de gambe, et un prélude de Karl-Friedrich Abel, « un compositeur très connu des violistes, mais inconnu des non-violistes », selon les mots de Lucile Boulanger, qui précise qu’Abel était le filleul de Jean-Sébastien Bach.
▪️ Le public s’est montré conquis par la musicalité des deux artistes, leur complicité évidente et leur technique hors pair, qui ont su mettre en valeur ces compositeurs baroques et tout le charme de la viole de gambe, un instrument que l’on ne cesse de redécouvrir depuis quelques années. Ceux qui avaient fait le déplacement mesuraient leur chance : la qualité de la soirée méritait sans doute davantage de monde. Le concert, d’une durée d’environ 1h30, s’est par ailleurs déroulé sans temps mort, et s’est prolongé par un pot convivial à la Maison Bonheur, agrémenté d’un food-truck installé devant l’église, une initiative appréciée du public.
🔷 Un festival redevenu itinérant grâce au soutien de la Région
▪️ Interrogé sur la genèse de cette 4ᵉ édition de CavrosArts, qui se déroule du 7 juin au 12 juillet entre Fontenay-le-Fleury, Auffargis, Bures-sur-Yvette, Senlisse, Magny-les-Hameaux et Dampierre-en-Yvelines, Paulo Castrillo revient sur le retour du festival à son format itinérant, réparti sur les Yvelines et l’Essonne.
▪️ « On a été prévenus avec peu de temps pour pouvoir monter cette édition », explique le fondateur du festival, qui avait envisagé une année de répit avant un retour prévu en 2027. « Mais on a eu une bonne surprise » : le soutien de la Région Île-de-France a permis de construire cette édition autour de rencontres nouées les années précédentes, dont celle avec Lucile Boulanger, contactée deux ans plus tôt et indisponible en 2025, mais qui avait promis de venir « avec grand plaisir » en 2026.
▪️ Sur le choix de la gambiste, Paulo Castrillo ne cache pas son enthousiasme : « C’est une musicienne géniale, et une personne avec laquelle, humainement, ça se passe vraiment très très bien. » Le duo avec Pierre Hantaï, lui, n’a rien d’un pari : les deux artistes se connaissent bien et avaient déjà joué ensemble, notamment à la salle Cortot en début d’année.
▪️ Côté soutiens, Paulo Castrillo salue la Région Île-de-France, ainsi que Saint-Rémy-lès-Chevreuse, commune d’implantation du festival, et Magny-les-Hameaux, qui accompagne l’événement depuis ses débuts sur le plan logistique et communication. Le Musée national de Port-Royal des Champs est également un partenaire fidèle, ayant accueilli en 2025 le spectacle « Britannico ! L’opéra ». Quant au château de Dampierre, la municipalité n’a pas été sollicitée cette année, « mais on n’hésitera pas pour l’année prochaine », tandis que le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse a annoncé son intention d’accompagner de futures actions du festival.
🔷 Pierre Hantaï : « Les meilleurs musiciens sont toujours des gens très généreux »
▪️ Le clavecin est au festival CavrosArts depuis ses débuts. Pierre Hantaï raconte que sa collaboration avec Paulo Castrillo est née d’une rencontre fortuite sur le chemin des Regards, à Chevreuse. Le fondateur du festival, arrivé de sa Bolivie natale et passionné de culture française, avait alors appris que le claveciniste habitait tout près, et lui avait proposé d’en devenir le parrain. « Je l’accompagne, mais je ne suis pas très actif : c’est lui qui fait tout, avec ses amis », précise Pierre Hantaï, qui se contente, dit-il modestement, d’inviter chaque année des musiciens qu’il connaît, des musiciens de haut niveau, mais qui acceptent de venir « à la bonne franquette », par pure amitié : « Les meilleurs musiciens sont toujours des gens très généreux. »
▪️ L’invitation de Lucile Boulanger cette année revient ainsi à l’initiative du claveciniste.
▪️ Interrogé sur la place de la viole de gambe dans l’œuvre de Bach, Pierre Hantaï rappelle que le compositeur en a finalement peu écrit pour cet instrument en soli, surtout des parties intégrées à de grands ensembles, cantates ou passions, pour des raisons de timbre, mais aussi parfois symboliques ou religieuses. Les trois sonates pour clavecin et viole de gambe ne constituent d’ailleurs pas un cycle unifié, contrairement aux habitudes de Bach, qui affectionnait les cycles de six. Pour Pierre Hantaï, on n’est d’ailleurs pas certain que ces sonates aient toutes été composées à l’origine pour viole et clavecin : la première, notamment, aurait initialement été écrite pour d’autres instruments.
▪️ Cette rareté s’explique en partie par la période que Bach a passée à la cour de Köthen, au service du prince Léopold d’Anhalt-Köthen : la musique religieuse y étant proscrite, le compositeur s’est tourné vers la musique de chambre et instrumentale, suites pour violoncelle, concertos, œuvres pour clavecin. Le prince, féru de musique, jouait lui-même de la viole de gambe ; mais les partitions que Bach lui a destinées sont si redoutables qu’elles restent, aujourd’hui encore, rarement bien exécutées.
▪️ Quant à Karl-Friedrich Abel, Pierre Hantaï reconnaît le connaître moins bien, mais suppose qu’il aurait pu jouer certaines œuvres de Bach pour viole, le compositeur composant parfois des pièces redoutables pour d’excellents solistes de passage. Abel, plus jeune, s’installera ensuite à Londres, où il fondera une société de concerts avec Johann Christian Bach, l’un des fils du compositeur.
🔷 Lucile Boulanger : « J’ai choisi la viole de gambe à quatre ans et demi »
▪️ Née dans une famille de musiciens et de mélomanes, Lucile Boulanger raconte avoir choisi la viole de gambe dès l’âge de quatre ans et demi, en toute innocence, persuadée, à force d’aller au concert, qu’il s’agissait d’un instrument courant. « Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai découvert la rareté de mon choix », confie-t-elle.
▪️ Pierre Hantaï, elle le connaît de longue date : elle a étudié pendant deux ans avec son frère, le violiste Jérôme Hantaï, et a même croisé un troisième frère, Marc, en musique de chambre. Mais c’est une invitation du festival Bach de Leipzig, en Allemagne, le 20 juin dernier, qui a scellé leur collaboration musicale et donné naissance au programme joué à Magny-les-Hameaux.
▪️ Concernant Paulo Castrillo, Lucile Boulanger confirme qu’elle le connaissait « de nom » et qu’elle avait déjà été sollicitée l’année précédente, sans pouvoir se libérer. Cette année, l’invitation s’est faite naturellement, le programme étant déjà « ficelé ».
▪️ Sur Karl-Friedrich Abel, dont elle a interprété le prélude, Lucile Boulanger apporte une précision importante : contrairement à ce que l’on pourrait croire, Abel n’était pas l’élève mais le filleul de Bach. Les deux familles étaient liées sur plusieurs générations : le père de Karl-Friedrich, violoncelliste et sans doute également violiste, était l’ami et le collègue de Jean-Sébastien Bach à la cour de Köthen, au point que certains pensent que les suites pour violoncelle de Bach auraient pu lui être destinées. « Bach écrit de manière contextuelle : il écrit pour des gens, pour des occasions », rappelle Lucile Boulanger. Le jeune Carl Friedrich Abel, filleul du compositeur, aurait ainsi bénéficié d’échanges musicaux directs avec lui, avant de partir s’installer à Londres, où il fondera, avec Johann Christian Bach, l’un des fils du compositeur, les fameux « Concerts Bach-Abel ». Une société de concerts qui n’est pas sans écho avec le rôle que joue aujourd’hui Paulo Castrillo, lui-même musicien et promoteur de concerts. La boucle est bouclée.
🔷 Les prochains rendez-vous du festival CavrosArts 2026
▪️ Dimanche 5 juillet, Domaine de Dampierre-en-Yvelines : accès au parc dès 10h, conférence « Le secret des flûtes » de Clément Zanni à 14h, puis bal participatif avec musiciens à 16h.
▪️ Dimanche 12 juillet, Musée national de Port-Royal des Champs : « Au temps de Jacqueline Pascal », création de la Compagnie CavrosArts consacrée à la sœur de Blaise Pascal, à 15h30 dans la Grange à blé.
✍️ Françoise Boyer
Article pour GSO Parisien News
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🎯 Pierre Hantaï & Lucile Boulanger & CavrosArts, Musique Ancienne & Paulo Castrillo & Région Ile-de-France & Musée national de Port-Royal des Champs & Domaine de Dampierre-en-Yvelines & Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse & Françoise Ferdinand-Boyer & GSO Parisien News
📸 Crédit photo : Françoise Boyer
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